Récit d’une aventure au Mont Aiguille


actus / dimanche, août 3rd, 2025

Après plusieurs mois intenses de racontées, il est temps d’aller prendre l’air en montagne !

Voici le récit de mon ascension du Mont Aiguille, à lire ou à écouter !

Salut les ami-es,

Ça fait longtemps que je ne vous ai pas écrit. Enfilez votre sac à dos, chargez la gnole et les bâtons, on s’envoie sur une montagne mythique pour l’occasion : le Mont Aiguille, auparavant appelé le Mont Inaccessible. Contrairement à ce que son nom indique, le Mont Aiguille n’est pas un pic acéré mais une grosse molaire posée au milieu d’un trou. Notre Grand Canyon à nous. C’est là-bas, en 1492 que l’alpinisme est né officiellement. Je peux vous le certifier, j’ai même vu la plaque commémorative au sommet ! Moi, le Mont Aiguille, j’y suis attachée. Dès que je l’ai vu, je l’ai aimé. Il m’est arrivé de pousser une rando un peu plus loin, malgré le vent de face, juste pour apercevoir la montagne sacrée. Ca me remplit toujours le cœur de le voir, comme un vieil ami qu’on retrouve, fidèle au poste.

Il y a quelques mois, Nicolas nous a proposé de nous emmener au sommet du Mont Aiguille. J’ai senti mon cœur exploser en paillettes de joie, je venais de découvrir que c’était mon rêve ! Seulement voilà, il nous fallait un peu de préparation….on allait monter encordées et descendre en rappels. Et Sandra et moi, on n’y connaissait rien. Après une après-midi d’initiation et quelques réunions logistiques, nous voilà donc partis à 7h du matin en direction de Chichilianne, le village où débute l’ascension. On gare la voiture, on réparti le matériel dans les sacs et on commence par une jolie rando en forêt pour arriver deux heures plus tard au pied de l’impressionnant bloc de roche. Ca y’est, on y est ! On enfile les baudriers, on sort les cordes, on met les casques. On grignote quelques graines pour se donner du courage. Nicolas ouvre la voie, il accroche les dégaines aux anneaux fixés dans les roches. Sandra le suit, je ferme la marche. On grimpe corde tendue, à 15mètres l’un de l’autre. Les pas ne sont pas difficiles mais on prend vite de la hauteur. Il nous faut rester concentrées. La roche parfois patinée, le vide et la peur de tomber réveillent une angoisse qui n’a pourtant plus sa place. On s’accroche au « pas le choix faut y aller » et aussi à la confiance des compagnons de cordée patients. Quand les autres grimpent devant moi, j’attends et j’en profite pour admirer le paysage incroyable qui se déploie sous mes yeux. Les vallons verts qui plongent vers nous, les sommets alentours que je n’avais jamais vu sous cet angle, les tours grises du Mont Aiguille érigées vers le ciel. Des choucas volent au dessus de nous et s’amusent dans le vent. Ils entrent dans une cavité de la tour, leurs oisillons piaillent et les cris résonnent entre les murs de roche. Les rochers laissent places à des vires qui nous donnent un peu de repos. Puis nous retrouvons la verticale dans les failles profondes qui nous offrent de larges appuis. Parfois je tourne le dos à la roche et enfouie dans la faille, je peux voir le monde comme un oiseau le verrait. D’ailleurs les vautours sont maintenant en dessous de nous et nous surplombons quelques sommets. Nous émergeons enfin au sommet et découvrons un vaste tapis herbeux gardé par un troupeau de jeunes bouquetins. Un grand cairn est dressé. Caché entre les pierres, une pochette qui contient un cahier. Dans ce cahier : une histoire ! Quel cadeau !

Il y a longtemps, le Mont Aiguille était une île entourée d’eau. La sirène Aglaos vivait sur cette île, elle faisait s’échouer les navires et se noyer les marins. Les femmes des marins et les habitants des alentours se plaignèrent à la mère d’Aglaos qui était une déesse. Pour satisfaire les habitants, la déesse assèche la mer qui entoure le Mont Aiguille et transforme sa fille en étagne, un bouquetin femelle. Depuis, les bouquetins sont les gardiens des lieux mais ils laissent les grimpeurs profitez de la vue en paix.

Vous imaginez ma joie de découvrir cette légende secrète après une telle ascension : un véritable trésor (J’ai vérifié, impossible de trouver ce récit sur Internet) !  Après la découverte de cette pépite, on se déleste du matériel et on traverse l’alpage pour aller au plus haut point. C’est cette vue que j’étais si impatiente de découvrir. Une vue à 360° avec les alpes enneigés au loin d’un côté, et de l’autre côté  notre cher glandasse Diois et même les sommets des  « Trois becs » de Crest ! On s’installe là pour pique-niquer en savourant notre chance d’être ici. Le soleil chauffe le ciel bleu et on soupire de contentement. On n’oublie pas de prendre en photo ce moment historique. Mais on ne peut pas s’attarder, il faut entamer la descente. On salue les bouquetins. Et on s’engouffre dans une faille en désescalade. Puis une jolie vire vertigineuse avec arche majestueuse en supplément. Enfin, le rappel ! Je ne vous cache pas que j’avais tout oublié. Mais Nicolas est pédagogue, rassurant et patient. On s’attache et Sandra plonge la première. D’abord 30mètres puis 45mètres de descente le long de la roche pour terminer. Je crois que je n’ai pas encore tout à fait le coup de main des pros que je vois descendre en deux secondes en rebondissant sur le rocher. Moi je suis plutôt de la team descente en petites saccades et appuis non contrôlés. On fini quand même par arriver en bas sans heurts. On retrouve le chemin de randonnée, il est temps de ranger les baudriers, les cordes et les casques. On rentre par la forêt, le plat du chemin ne nous déplait pas et cette dernière étape nous permet de digérer les émotions de cette journée intense. On s’ouvre un paquet de chips pour fêter l’arrivée au parking ! On l’a fait ! Retour à Die, Mahel nous prépare un bon gratin de ravioles à la crème pour nous requinquer, on trinque à cette aventure et surtout, à notre amitié.

Je vous souhaite des aventures aussi belles.